Aude Molinard-Chenu: de la souris aux patients et vice-versa

Fascinée par les aspects psychiatriques et fondamentaux de la schizophrénie, Aude Molinard-Chenu obtient une bourse lui permettant d’aborder les deux facettes. Cette jeune lauréate d’un doctorat en neuroscience raconte ses choix de carrière, les opportunités d’effectuer clinique et recherche simultanément, ainsi que les difficultés inhérentes à cette double casquette.

Par Yann Bernardinelli

Rédigé pour le pôle de recherche SYNAPSY du Fond national suisse de la recherche scientifique, paru dans sa version anglaise dans le bulletin de décembre 2016.

Avant son entrée à l’Université, Aude Molinard-Chenu voulait faire de la biologie, elle rêvait de sciences fondamentales et de recherche. Après quelques investigations sur les possibilités offertes et de nombreux conseils reçus, elle réalise vite qu’il serait plus stratégique de suivre des études de médecine pour devenir chercheuse. En d’autres termes, les perspectives d’emploi et les conditions de travail des disciplines scientifiques ne donnent pas autant de garanties que la médecine. Ce n’est donc pas par charité, malgré son implication dans des projets humanitaires au Mali, mais bien par soif de connaissances fondamentales qu’elle a rejoint les bancs de la faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE).

Une vocation pour la schizophrénie

Très vite, elle saute sur les opportunités qui lui sont offertes. Le programme de recherche pour étudiant en médecine de l’UNIGE (PREM) permet d’encadrer les médecins en herbe intéressés par la recherche en leur proposant formations et stage. Elle fera le sien chez Jozseph Kiss au Département de Neurosciences Fondamentales de l’UNIGE, puis elle partira 3 mois à Singapour afin d’y étudier le rôle du transport axonal dans la schizophrénie. Une véritable révélation qui orientera son futur doctorat en neuroscience ainsi que son attrait pour la psychiatrie : « je me suis posé beaucoup de questions sur les bases fondamentales de la neuroscience et leurs dérèglements pouvant mener à des maladies mentales. Notamment la schizophrénie, où dans les cas extrêmes, les comportements sont particulièrement insolites et troublants ». Après six ans de médecine, Aude Chenu s’est donc logiquement tournée vers un PhD en Neurosciences, effectué au laboratoire du Professeur Alexandre Dayer où elle a étudié les gènes de vulnérabilité de la schizophrénie et leurs liens avec le développement cérébral chez la souris. Le fameux modèle 22q11 si cher au premier projet du NCCR-Synapsy.

L’opportunité FMH-recherche

Son doctorat, elle l’a terminé avec succès en octobre 2016. Un PhD en Neurosciences de l’école doctorale lémanique et non pas un MD-PhD, car « son programme n’est pas assez riche en neurosciences ». Pour Aude Chenu, il faut dès lors opter pour un postdoctorat en recherche ou un FMH en psychiatrie, même si maintenir une activité de recherche est techniquement possible par la voie de la clinique et du FMH. Le problème, confie-t-elle, est qu’en clinique, la recherche se fait souvent sur le temps libre, car les cliniciens sont rarement conciliants et que l’argent manque. Est-ce donc un choix de Sophie pour cette passionnée de science fondamentale et de psychiatrie ? Non, puisqu’Aude Chenu est l’heureuse lauréate d’une bourse d’interne scientifique décernée par la faculté de médecine de Genève. Cette bourse offre deux ans de salaire à mi-temps aux cliniciens désireux d’effectuer de la recherche fondamentale. Grâce à ce coup de pouce pour la promotion de la double formation clinicien-scientifique, elle a pu se lancer dans un FMH en psychiatrie et psychothérapie adulte effectué au programme JADE de l’unité psychiatrique du jeune adulte des HUG, sous la houlette du Dr Logos Curtis. Elle traite les troubles psychiatriques émergents chez les 18-25 ans comme la bipolarité, les troubles de la personnalité et pour son plus grand bonheur, la schizophrénie.

Mais pourquoi le choix de la psychiatrie plutôt que la neurologie ? Aude Chenu explique qu’à ses yeux, « la neurologie clinique est trop basée sur la symptomatique, ce qui la rend moins intéressante sur le point de vue thérapeutique ». Elle relève que les jeunes médecins préfèrent s’orienter vers la neurologie et ignorent souvent la psychiatrie, ce qui a l’avantage de laisser des opportunités aux détenteurs d’un PhD voulant effectuer un retour en clinique, car les places sont rares selon les spécialisations.

Le dur retour en clinique

Être confrontés aux patients après quatre années de recherche fondamentale n’est certainement pas chose aisée. Aude Chenu reconnaît la complexité de ce retour en clinique en avouant toutefois avoir la chance de rejoindre un service où les jeunes cliniciens sont bien épaulés. Pour l’aider dans cette adaptation, elle dit se servir des aptitudes développées lors de sa thèse : la débrouillardise, l’autonomie et surtout l’agilité. L’intégration est néanmoins la difficulté principale. « Les croyances et les différentes mouvances de la psychiatrie génèrent des guerres de clocher et des aprioris », indique-t-elle. Bon nombre de psychiatres considèrent encore que les neurosciences n’ont rien à voir avec la psychiatrie. L’acceptation d’une Neuroscientifique n’est donc pas une sinécure : « Il est compliqué de se positionner correctement, car je ne m’identifie pas forcément au côté littéraire et philosophique », confie-t-elle. Mais elle reste toutefois ouverte d’esprit en essayant de prendre le meilleur des différents points de vue, de s’en inspirer pour progresser.

L’harmonie offerte par la clinique

L’accès aux postes clés de la recherche par les femmes est chose rare, mais cela ne la préoccupe nullement. Elle avoue avoir déjà subi des propos sexistes au cours de sa formation, mais elle se sent suffisamment soutenue par sa hiérarchie, aussi bien dans le département de psychiatrie qu’en faculté de médecine, quant à ses choix de carrière. De plus, la clinique semble compatible au développent harmonieux du travail de recherche et de la vie privée grâce à la possibilité d’effectuer un temps partiel, qui plus est en ambulatoire. « C’est cette ouverture entre recherche et clinique, offerte au sein du département de psychiatrie, qui a influencé mes choix de carrière. En ce qui concerne la qualité de vie, la clinique a pesé dans la balance comparée au postdoctorat ». Pour son futur, Aude Chenu ambitionne d’accéder à un poste de cadre médical en gardant un temps partiel en recherche. Synapsy ne peut que l’encourager dans cette voie et lui souhaiter un plein succès.

La lutte infinie contre les bactéries

L’émergence de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques menace la santé publique mondiale. Pour trouver des parades, les chercheurs se tournent vers les prédateurs naturels des bactéries: les bactériophages.

Par Yann Bernardinelli, paru dans la revue Hémisphère n°12

Bactéries en culture sur boites de Petri

Bactéries en culture sur boites de Petri @Yann Bernardinelli

Les bactéries sont partout, en nous et dans l’environnement. Elles y sont en compétition permanente avec d’autres microorganismes. «Les bactéries ont toujours été confrontées à la lutte contre les antibiotiques, car les champignons, les bactériophages et les bactéries elles-mêmes sont leurs prédateurs naturels», explique Carlos Pena, professeur à la Haute école d’ingénierie et de gestion de la HEIG-VD, spécialiste en bioinformatique. Les antibiotiques en sont d’ailleurs issus: la pénicilline vient d’un champignon et la streptomycine d’une bactérie. «Elles sont tellement performantes pour survivre qu’elles trouveront toujours un moyen de s’adapter». La vitesse de reproduction bactérienne, avec une division toutes les demi-heures qui représente une «puissance génétique incontournable à générer des mutations», est à la base de cette adaptation.

Leurs mécanismes de lutte sont multiples. Elles peuvent produire des enzymes qui iront dégrader les antibiotiques, modifier leurs propres molécules qui servent de cible aux antibiotiques ou encore expulser les antibiotiques grâce à des pompes. Un germe bactérien trouvant une stratégie de résistance au fil des mutations prolifèrera sans complexe en présence de l’antibiotique. De plus, hormis le patrimoine génétique transféré à sa descendance, une bactérie ne possède pas moins de trois stratégies différentes pour transférer ses gènes de résistance d’une bactérie à l’autre. Dans ces conditions, difficile de lutter. Il faudrait renouveler les antibiotiques continuellement ou les utiliser avec parcimonie pour ne pas s’exposer à l’émergence d’une souche multi-résistante.

Désintérêt criant des biopharmas

«La résistance aux antibiotiques, on en parle depuis longtemps, mais le problème va de mal en pis. Les pratiques cliniques modernes sont en danger», s’inquiète Jacques Schrenzel, directeur du laboratoire de bactériologie du service des maladies infectieuses des Hôpitaux Universitaires de Genève. En Suisse comme ailleurs, plusieurs cas de souches multi-résistantes se sont déclarés ces dernières années. Si un patient est porteur d’une telle infection, les médecins trouvent encore des solutions, mais pour les patients immunosupprimés, «une souche résistante serait fatale». Le problème le plus préoccupant réside dans l’éventualité d’une transmission à la communauté. «Même si des directives existent, nous pourrions faire face à des situations insolubles.»

Le besoin en nouveaux antibiotiques devient donc urgent. Mais depuis dix ans, les biopharmas n’en produisent plus (lire les explications en encadré). Pour Jacques Schrenzel, c’est surtout parce que le marché est inintéressant. Car les infections sont réglées en quelques jours seulement. Directeur du département de microbiologie et médecine moléculaire de l’Université de Genève, Patrick Linder abonde en déclarant «qu’investir un milliard pour un nouvel antibiotique et devoir recommencer cinq ans après lorsque les bactéries développent une résistance n’est pas très rentable». Une nouvelle politique de recherche et de traitement est donc nécessaire.

La phagothérapie comme solution

Cette année, le Fond National Suisse (FNS) a lancé le Programme national de recherche «Résistance aux antimicrobiens» (PNR 72), doté de 20 millions de francs pour stimuler la recherche contre les bactéries résistantes. Plusieurs études, hors PNR, ont également bénéficié du soutien du FNS. C’est le cas d’INPHINITY, un ambitieux projet collaboratif entre la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud (HEIG-VD), l’Hôpital universitaire de Berne et l’Université de Lausanne. Il vise à développer des modèles computationnels afin d’étudier l’interaction entre les bactériophages et les bactéries.

La phagothéraphie consiste à utiliser des prédateurs naturels de bactéries: les bactériophages. Bien qu’efficace, elle a cessé d’être utilisée lors du développement des premiers antibiotiques. «Les phages sont des virus qui injectent leur matériel génétique dans les bactéries pour se reproduire et leur multiplication les fait littéralement éclater», indique le professeur HES-SO Carlos Peña, responsable du groupe de recherche de la HEIG-VD.

Au niveau thérapeutique, les phages montrent un avantage sur les antibiotiques: ils sont plus spécifiques et peuvent s’attaquer à une espèce bactérienne, voire à certaines souches en particulier. Ainsi, ils ne vont pas détruire la flore importante pour notre organisme. Cette spécificité implique que le choix du phage adéquat n’est pas trivial. «D’autant plus que la survie des phages est dépendante de leur capacité à interagir avec les bactéries, précise Xavier Brochet, bioinformaticien à la HEIG-VD. Leur évolution suit celle des bactéries et ils mutent pour s’adapter l’un à l’autre.» L’idéal pour cette thérapie serait d’avoir un outil capable de prédire quel serait le meilleur phage pour faire face à une bactérie donnée, y compris une souche multirésistante.

Apprendre des génomes grâce à l’apprentissage automatique

Pour ce faire, Carlos Peña et son équipe ambitionnent de développer un modèle computationnel qui permettra de déterminer où regarder dans les génomes respectifs des phages et des bactéries pour prédire si une interaction est possible. «Le but est de détecter au sein des librairies de phages, les meilleurs candidats pour vaincre une bactérie», indique Carlos Peña. «Notre idée est de permettre la réduction du nombre d’essais de laboratoire, complète Xavier Brochet. Les phages sont tellement nombreux que les tester tous est impossible.»

Les génomes sont immenses et la tâche devient difficile puisque toutes les protéines qui en sont issues ne sont pas décrites. Alors, comment extraire une probabilité d’interaction? Les chercheurs vont appliquer les règles de l’apprentissage automatique. C’est un modèle informatique de prédiction, ou les règles ne sont pas définies. «Une sorte de boîte noire qui reçoit des données et donne des prévisions. Toutefois, nous pouvons la rendre transparente en utilisant quelques règles logiques. Ainsi, nous pourrions en tirer des informations d’ordre mécanistique et savoir ce qu’un phage doit posséder pour s’attaquer à une bactérie donnée», explique Carlos Peña.

Pour lutter contre les bactéries multi-résistantes, puisque les phages et les bactéries co-évoluent, INPHINITY propose de laisser à la nature faire le travail et se charge de sélectionner les phages les plus efficaces. Actuellement, la phagothérapie manque encore d’un cadre réglementaire nécessaire à son développement et son application en Suisse.

Encadré

Souches multirésistantes

Une résistance à trois antibiotiques différents suffit à une bactérie pour être qualifiée de multirésistante. Plusieurs degrés de sévérités existent jusqu’à la résistance totale, synonyme d’impasse thérapeutique.

Trois questions à Daniel Obrecht

La biopharma helvétique Polyphore est leader de la recherche et du développent (R&D) de nouveaux antibiotiques. Son directeur scientifique, le docteur Daniel Obrecht, porte un regard positif sur l’avenir de la R&D dans ce domaine.

Malgré la pénurie, pourquoi aucun antibiotique n’est sorti de l’industrie pharmaceutique ces dernières années?

Premièrement, les normes règlementaires sont trop élevées. Ensuite, le prix de vente des antibiotiques est dérisoire en comparaison des coûts des investissements. Ces deux aspects ont déclenché la sortie de plusieurs grandes sociétés pharmaceutiques du domaine dès la fin des années 1990.

En 2004, après une publication démontrant que l’arsenal actuel des antibiotiques serait bientôt inefficace, plusieurs initiatives mondiales ont été lancées dans le but de favoriser la recherche sur les antibiotiques au niveau académique et industriel. À l’heure actuelle, la plupart des nouvelles découvertes viennent des milieux universitaires et des PME comme Polyphore. Les instances régulatrices ont reconnu les problèmes et établissent des voies plus favorables pour l’approbation de nouveaux composés qui répondent à un besoin médical urgent. De plus, de nouveaux systèmes de tarification et de rémunération sont en discussion pour revitaliser la recherche dans le domaine.

Pourtant, de plus en plus de patients développent des résistances aux antibiotiques et le marché de l’industrie alimentaire se montre davantage demandeur en antibiotiques. Cela ne suffit pas à attirer les investisseurs?

Non, car la plupart des antibiotiques utilisés en clinique et dans l’industrie alimentaire sont des génériques à bas prix. Pour développer de nouveaux antibiotiques, un nouveau système de rémunération doit absolument être établi.

Verra-t-on tout de même de nouveaux antibiotiques arriver bientôt sur le marché?

En Suisse, la R&D est bien représentée. Outre Polyphore, d’autres sociétés comme Basilea Pharmaceutica et Bioversys sont actives dans ce domaine. Chez Polyphore, nous avons actuellement la Murepavadin, un nouvel antibiotique spécifique contre les bactéries Pseudomonas (responsables de septicémies et maladies nosocomiales) qui termine la deuxième phase clinique. De plus, une nouvelle série très prometteuse d’antibiotiques sont en développement. Ils montrent déjà une activité puissante contre les bactéries multi-résistantes.

Humain augmenté

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* Crédit Photo : Dangerous things©

Infographie parue dans une version modifiée et illustrée de l’In Extenso du magazine In Vivo n°9, été 2016

Les différents concepts

L’homme contemporain est bercé dans la littérature et la réalité de l’augmentation humaine depuis son enfance : de la force d’Astérix décuplée grâce à la potion magique, à la barre des 9 secondes 80 franchie sous anabolisants par le sprinter Ben Johnson, en passant par les prouesses d’Oscar Pistorius amputé des deux jambes rivalisant avec les meilleurs coureurs valides grâce à ses prothèses hightech1. S’ajoute à ceci la maitrise grandissante des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives (les technologies NBIC) qui ont récemment permis de créer le premier œil bionique2 ou de prolonger génétiquement la vie des souris de laboratoire3. À l’heure où l’argent abonde autour de ce concept — Google investit pour repousser la vieillesse4, l’Europe injecte des milliards pour la modélisation du cerveau5, les premiers « Jeux olympiques pour cyborgs » sont organisés à Zürich6, 7 — l’homme pourrait être à l’aube de la naissance d’une nouvelle espèce : le post-humain, bionique et immortel. Puisque nous y sommes et pour ne pas s’y tromper, voici un bref abécédaire :

Cybernétique

Science transdisciplinaire qui étudie les processus de commande et de communication chez les êtres vivants ou non vivants. Toutes les technologies intelligentes actuelles en sont issues.

Homme bionique, homme-machine, cyborg

Homme sur lequel des éléments cybernétiques sont utilisés de manière permanente ou temporaire afin de réparer ou améliorer son physique ou son intellect. C’est la fusion homme-machine. À ne pas confondre avec le téléchargement de l’esprit (Mind uploading) qui propose le transfert du cerveau sur un ordinateur (plus de chaire), ni avec le vieillissement inversé (Reverse ageing) qui projette de manipuler uniquement la biologie pour rajeunir ou rester jeune (plus de machine) 1.

Le posthumanisme

Mouvement de pensée qui s’interroge sur le rapport entre l’être humain et les technologies NBIC. Le mouvement pense que ce rapport a provoqué un changement fondamental et inéluctable pouvant aller jusqu’à la disparition de l’humanité en faveur des cyborgs, robots ou autres formes d’intelligences.

Le transhumanisme

Courant de pensée prônant l’usage des technologies NBIC afin d’améliorer les caractéristiques physiques et intellectuelles de l’homme. Le mouvement désire supprimer la maladie, la souffrance et vivre le plus longtemps en bonne santé tout en se préoccupant des problèmes éthiques s’y référant.

La singularité

Un concept qui se base sur l’accélération exponentielle des progrès technologiques pour prédire le jour où ils ne seront plus l’œuvre de l’homme, mais celle des machines qu’il a créées. Le cerveau humain sera alors dépassé.

Cap 2045

VIIe siècle av. J.-C: l’exosquelette

Les hoplites, fantassins de la Grèce antique, portent une cuirasse, un casque et des protège-tibias pour leur défense. Composés de cuir et de bronze martelé pour correspondre à leur anatomie, ces éléments d’armure sont les prémisses des exosquelettes modernes.

1200-1300: les lunettes

Nero (1er siècle) observait déjà ses gladiateurs à travers une émeraude grossissante. L’origine des lunettes est attribuée à des moines du treizième siècle : des lentilles en verre montées sur des supports d’os et de métal s’accrochaient sur le nez pour la lecture.

1914-1918: prothèses de membres

Nombre de soldats mutilés sont sortis de la Première Guerre. Leur prise en charge a contribué à l’avancée des prothèses mécaniques de bras et de jambes. Certaines technologies comme celles développées par le chirurgien Ferdinand Sauerbruch et l’ETH sont toujours d’actualité7.

1932: le meilleur des mondes

Le roman d’anticipation du biologiste Aldous Huxley parait8. Il parle d’un monde où une pilule améliorative est distribuée à chacun, pas forcément pour le meilleur. C’est un ouvrage de référence et de mise en garde contre l’homme augmenté1.

1958: le pacemaker

L’américain Wilson Greatbach implante un stimulateur électrique relié aux muscles cardiaques. Il accélère les pulsations des malades en agissant comme un véritable cœur artificiel.

1992: le téléphone intelligent

Le premier smartphone, conçu par IBM, il portait le nom de Simon et fut commercialisé en août 1994. Les smart technologies sont aujourd’hui largement accessibles et utilisées tel un nouvel organe par leurs utilisateurs.

1996: le viagra

Patenté en 1996 pour le traitement des angines, le Viagra est ensuite devenu un médicament pour soigner le dysfonctionnement de l’érection, voire son amélioration. Il est l’un des médicaments les plus vendus au monde1.

1998: le projet cyborg

Kevin Warwick s’implante une puce sous-cutanée munie d’un transmetteur détecté par un ordinateur à distance. Ce dernier commande l’allumage de la lumière et l’ouverture des portes en fonction des déplacements9.

2014: l’œil bionique

Implantation d’un œil artificiel. Des caméras-lunettes transmettent des images à une unité de traitement portable qui les convertit en signaux transférés à un implant rétinien relié au système nerveux2.

2016: créativité artificielle

L’intelligence artificielle de Deep Mind gagne contre le troisième joueur mondial de go, dernier jeu dans lequel l’homme surpassait la machine. C’est un événement clé au même titre que la partie d’échecs entre Deep Blue et Garry Kasparov10.

2045: l’immortalité virtuelle

Le russe Dmitry Itskov pense que les humains peuvent atteindre l’immortalité d’ici là. L’exploitation des nanotechnologies, des robots et des interfaces cerveau-ordinateur créera des avatars dans lesquels seront programmées nos propres personnalités11.

Cyber Ethique

C’est probablement depuis ses origines que l’homme éprouve le désir d’aller toujours plus haut et toujours plus loin, quitte à se confronter à sa condition d’être humain fait de chair et d’os. En atteste la mythologie grecque à travers le récit d’Icare et ses ailes de cires12. Créées de toutes pièces par son père architecte, elles firent de lui un homme augmenté, capable de voler et d’échapper à son sort. Attention toutefois, car l’élévation d’Icare précipita aussi sa chute.

L’homme d’aujourd’hui génère bien plus de technologies que le bronze des Grecs antiques. De ce fait, sa transition vers le posthumain pourrait bien aboutir, mais avec quelles conséquences ? Plusieurs penseurs et philosophes en appellent à la prise de conscience des milieux politiques et à l’ouverture de groupes de réflexions pour déterminer si les technologies NBIC sont convenables pour l’humanité en se basant sur les trois principes de la bioéthique :

Le risque La justice L’autonomie
Le bien de l’homme doit être le principe directeur du concept de son augmentation. Les technologies augmentatives devraient tout d’abord ne pas nuire, comme en éthique médicale. L’aspect fondamental de l’idée de justice est que chaque vie humaine a la même valeur, ce qui revient à se demander quels seront les bénéficiaires des technologies augmentatives. Ce principe ne concerne donc pas l’augmentation en soit.

 

Ce principe se base sur l’absence de contrainte et la notion de liberté. Les hommes étant autonomes, il n’est pas éthique de les modifier pour les réduire en de simples moyens au service d’autres entités, humaines ou pas.

 

À quels risques s’expose l’homme dans l’action de s’augmenter ?

Dans un interview pour le magazine Science et Vie, la neurochirurgienne et philosophe, Anne-Laure Boch prétend que « le plus grand risque est de décevoir ». Selon elle, la toxicité et les nombreux effets secondaires qui vont souvent de pair avec les traitements efficaces limiteront leurs étendues. Le philosophe Luc Ferry, comme d’autres, s’inquiète de la naissance d’une nouvelle espèce qui surpasserait l’homme. « Tout dépend de ce qu’on entend par homme », rétorquerait certainement la philosophe Marta Nusbaum. Pour elle, la définition de l’humain varie selon le contexte et le temps. Un homme augmenté resterait donc un homme, version évoluée.

Les hommes auront-ils le choix d’être ou de ne pas être augmentés ?

Selon Johann Roduit, spécialiste des questions bioéthiques à l’Université de Zürich, nous serions déjà dépendant de beaucoup de technologies : « sur mon lieu de travail, je dois utiliser mon ordinateur pour rester compétitif, j’en suis donc dépendant malgré moi ». Il ajoute que « les assurances maladie helvétiques ont déjà commencé à imposer leurs règles, car certaines réduisent les primes si leurs clients partagent leurs données médicales avec elles », les personnes à petits revenus n’ont donc pas la possibilité de dire non. Il est donc plausible de croire que sans changement de cap de notre société, l’homme n’aura pas le choix.

Comment distribuer les technologies et mettre en pratique l’homme augmenté ?

Le mouvement transhumaniste promet de gommer les imperfections pour atteindre la justice sociale. Malheureusement, en se basant sur les modèles économiques et politiques actuels, l’augmentation de l’homme pourrait être accessible que par les plus riches. « Si on compare l’espérance de vie des pays occidentaux à celle des pays non industrialisés, on constate une inégalité flagrante, car l’accès aux soins n’est pas le même », soulève Johann Roduit. Une société à deux vitesses se profile donc, à moins que le prix des technologies se démocratise (voir chapitre des coûts) ou que les politiciens déclarent l’accès aux technologies augmentatives comme un droit, indépendamment du revenu. « Mais là encore, des inégalités peuvent persister. En suisse, par exemple, les assurances dentaires ne sont pas comprises dans l’assurance de base et favorisent une médecine a deux vitesses, au même titre que les assurances complémentaires ».

L’augmentation pour tous : une question de couts

Le succès de l’augmentation de l’homme dépendra évidemment des avancées technologiques NBIC, mais aussi de leurs coûts. Ces derniers définiront l’accessibilité des technologies augmentatives, comme ce fût le cas pour les microprocesseurs : les prix baissent avec l’accroissement de la production et donc le succès commercial.

Les technologies perturbatrices

Un récent rapport de l’institut McKinsley13 a identifié 12 technologies qui pourraient conduire à des transformations massives de notre société. Toutes semblent avoir un avenir prometteur puisque leur potentiel économique est estimé entre 14 et 33 billions de dollars américains d’ici dix ans. Parmi les 12 identifiées, 10 sont des technologies en relation directe avec l’homme augmenté .

Il y a donc de bons espoirs pour que l’augmentation de l’homme se fasse à prix décontracté. Néanmoins, il semble peu probable que le concept soit accessible à tous. Comme le démontre une étude sur les smartphones14, les personnes ayant un revenu journalier de moins de cinq dollars resteront non connectées pour des décennies, car il couterait 30 milliards de dollars pour les équiper et personnes pour avancer l’argent.

Médecine bionique à deux vitesses

L’augmentation c’est aussi les prouesses des technologies médicales comme les organes artificiels. Malheureusement, puisque leur production est limitée au nombre de patients, ils sont nettement plus onéreux que les smart technologies. Par exemple, la transplantation d’un cœur coute entre 110 000 et 180 000 francs15, le même prix pour le premier cœur totalement artificiel implanté, comme celui fabriqué par la société Carmat SA16?. L’assurance de base couvre actuellement les transplantations, mais pas tous les types d’implants : « elle ne prend pas en charge les interventions dont l’efficacité, l’adéquation et l’économicité ne sont pas prouvées », selon la loi sur l’assurance maladie LAMal. Les organes artificiels nous amènent-ils vers une médecine à deux vitesses ?

Dans ce contexte, l’impression 3D pourrait être synonyme d’espoir. Car si elle n’est pas rentable au niveau du coût de production unitaire, elle est très intéressante pour les séries réduites voir uniques comme c’est le cas pour la médecine ou des pièces doivent être fabriquées à la mesure du patient. La raison principale : les coûts de mise en œuvre sont significativement plus bas que pour les autres technologies17.

Cyborg en vente libre

L’homme augmenté n’est plus un fantasme ! L’amélioration de l’autonomie et la réduction des prix des e-composants a rendu possible l’augmentation de la plupart de nos sens et de certaines de nos capacités à travers des périphériques connectés toujours plus nombreux.

xEMi: jouer à Kevin Warwick

Implant cylindrique sous cutanés de la taille d’un grain de riz vendus avec un système d’injection pour un prix dérisoire. Les implants ont une durée de vie illimitée puisqu’ils fonctionnent sans batteries et s’activent à proximité d’un lecteur NFC (near-field communication) comme un smartphone par exemple. Les implants peuvent être utilisés pour ouvrir des portes, démarrer des voitures, allumer un téléphone ou toutes autres applications selon la créativité de l’utilisateur. (Dangerous things, $57)

https://dangerousthings.com/shop/xic-icode-sli-2x12mm-glass-tag/

Bracelet flexenable: l’écran prend le pli

Un écran qui s’enroule autour du bras comme un bracelet. Il ouvre un monde de possibilité aux fabriquant d’appareils portables. Aujourd’hui un simple écran bracelet, il sera demain une tablette enroulable ou un écran déposé sur les habits. L’écran flexible est basé sur une technologie LCD, la contrainte du verre en moins tout en maintenant les mêmes propriétés optiques. (FlexEnable, prototype)

http://www.flexenable.com/

EPOC+: cerveau intelligent

Effectuer son propre électroencéphalogramme (EEG) grâce à 14 électrodes sur un casque ergonomique et connecté. Un bijou proche de la résolution des appareils de recherche : les utilisateurs peuvent jouer aux Neuroscientifiques en herbes et explorer leur cerveau. Des logiciels associés permettent d’apprendre à améliorer la gestion du stress ou de l’attention, mais aussi de piloter des avatars. (Emotiv, $799 + applications).

http://emotiv.com/product/emotiv-epoc-14-channel-mobile-eeg/

Loon cup: la femme augmentée

Comme les coupes menstruelles classiques, la Loon cup est en silicone, conçue pour récupérer le flux menstruel en respectant l’environnement, puisque réutilisable. En sus, elle est équipée de trois capteurs et d’une antenne Bluetooth la reliant à une application pour smartphone. Les utilisatrices peuvent obtenir des alertes sur l’état de leurs périodes comme le remplissage de la coupe, la présence d’une infection potentielle et la prédiction du prochain cycle. (Prototype, Loon Lab).

https://www.kickstarter.com/projects/700989404/looncup-the-worlds-first-smart-menstrual-cup

UV Patch: Capteur anti brûlure solaire

L’industrie du cosmétique se met au high-tech et lance un patch à coller sur la main pour prévenir des coups de soleil. Il est composé de colorants sensibles aux UV qui changent de couleur selon le degré d’exposition. Une application pour smartphone détermine le taux d’UV à partir d’une photo du patch et transmet des conseils à l’utilisateur pour prévenir les brûlures. (La Roche-Posay, prototype) http://www.laroche-posay.co.uk/article/UV-Patch/a26965.aspx)

SmartShoes: cyber petit poucet

Les smartshoes ne permettent pas de parcourir sept lieues en une enjambée, mais comme dans les contes de fées, elles s’adaptent à la taille des pieds grâce à un système de serrage automatique. Elles sont même équipées de phares avant et d’un système de chauffage ! La bonne fée fait aussi partie du lot avec une application distillant des conseils d’entrainements : nombre de pas, kilométrage, calories dépensées et longueur des foulées (Digistole, automne 2016).

http://www.digitsole.com/fr/smartshoes

Remidi T8: le posthumain restera créatif

La façon de faire de la musique revisitée grâce à un gant connecté. Huit capteurs sensibles aux mouvements et à la pression, positionnés entre la paume et le bout des doigts, permettent de générer des notes et des rythmes avec la main sur n’importe quelle surface. Le musicien possède une liberté de mouvement complète qui lui permet d’exprimer toute sa créativité artistique.

http://remidi-pro.com

Lentilles de contact intelligentes: les googleglass augmentées

Plusieurs compagnies, dont Samsung et Google, semblent avoir réalisé des prototypes de lentilles de contact connectées. Plusieurs sources parlent d’écran et de caméra intégrée à même les lentilles pour projeter les images directement dans les yeux. Le but serait d’afficher des informations en réalité augmentée avec un rendu plus saisissant qu’avec des googleglass.

http://www.sammobile.com/2016/04/05/samsung-is-working-on-smart-contact-lenses-patent-filing-reveals/

Sources :

  1. Selon les propos de Johann Roduit, directeur du Centre pour la médecine humaine de l’Université de Zürich et co fondateur de NeoHumanitas
  2. Devon H. Ghodasra et collègues (2016), BMC Ophthalmol, Worldwide Argus II implantation: recommendations
  3. Darren J. Baker et collègues (2016), Nature, Naturally occurring p16Ink4a-positive cells shorten healthy lifespan.
  4. http://www.calicolabs.com
  5. Olivier Dessibourg (30 octobre 2015), Le Temps, Feu vert de l’UE pour la suite du Human Brain Project
  6.  http://www.nccr-robotics.ch
  7. Selon les propos de Robert Riener, Professeur ordinaire à l’ETH Zürich, codirecteur du NCCR-Robotics et Directeur de l’Institut de robotique et des systèmes intelligents du Département des sciences et technologies de la santé.
  8. Aldous Huxley (1932, édition 2002), Poche, Le Meilleur des Mondes
  9. Kevin Warwick et collègues (2003), Arch Neurol, The Application of Implant Technology for Cybernetic Systems
  10. Florian Reynaud et William Audureau (2016), Le Monde, Jeu de go : victoire décisive de l’intelligence artificielle contre Lee Sedol
  11. http://2045.com
  12. Nicolas Cauchy (2006), Légendes de la mythologie : Icare et Dedale
  13. http://www.mckinsey.com/business-functions/business-technology/our-insights/disruptive-technologies
  14. http://blog.nakono.com/a-new-economic-model-will-be-needed-to-get-everyone-online
  15. Office fédéral de la santé publique, OFSP
  16. www.carmatsa.com
  17. Selon les propos d’Eric Jakob, ingénieur mécanique ETS, Directeur d’Oblong Innovation, expert en technologies additives et consultant HUG pour l’impression 3D.

 

 

Le porc, source d’organes

Chaque année, seul un tiers des patients en liste d’attente pour une transplantation reçoit une greffe. Grâce aux avancées de la génétique, les porcs pourraient fournir des organes aux humains.

«Les listes d’attentes augmentent inexorablement alors que le nombre de donneurs d’organe demeure insuffisant », relève Manuel Pascual, médecin-chef du Centre de transplantation d’organes du CHUV. Dans les années 1980, l’arrivée de la ciclosporine, une molécule immunosuppressive, a permis d’effectuer les premières transplantations d’organes d’homme à homme et de supprimer les réponses immunitaires aiguës. Pour Léo Bühler, médecin adjoint au Service de chirurgie viscérale des HUG, ce fut une révolution qui a mené à la pénurie d’organes actuelle. Pour y faire face, les médecins pourraient un jour prescrire des organes de porcs à leurs patients. «Ces animaux constitueraient une source illimitée d’organes disponibles sans attente et nous pourrions intervenir beaucoup plus tôt dans la maladie.»

Les xénogreffes relancées

L’idée d’effectuer des xénogreffes, c’est-à-dire toutes éventuelles greffes d’origine animale chez l’homme, ne date pas d’aujourd’hui. En 1906 déjà, le chirurgien lyonnais Mathieu Jaboulay effectuait les premières transplantations de reins issus de chèvres ou de porcs sur l’homme. Les tentatives se soldèrent par des échecs en raison du rejet rapide par le système immunitaire du receveur. Même si les connaissances en immunologie et les technologies ont progressé, les xénogreffes se soldent toujours par des rejets 110 ans après. Mais les récents progrès de l’ingénierie génétique et plus particulièrement le développement de la technologie CRISPR-Cas9 pourraient ouvrir de nouvelles possibilités.

CRISPR-Cas9 est un nouvel outil qui fonctionne comme un ciseau moléculaire, capable de découper précisément l’ADN. Il permet, relativement aisément, de modifier des séquences. Nicole Deglon, directrice du Centre de recherche en neurosciences du CHUV explique que les systèmes précédents, basés sur des protéines pour reconnaitre une séquence d’ADN, étaient trop complexes et peu fiables. CRISPR se base sur l’ARN qui est aisé à synthétiser et très fiable. La protéine Cas9 s’occupe simplement de couper l’ADN; elle est universelle.

Cerise sur le gâteau, la technologie est applicable in vivo et permet l’accélération sans précédent de la production d’organisme génétiquement modifié, ce qui pourrait, selon Manuel Pascual, relancer les recherches sur les xénogreffes en accélérant l’humanisation du porc. «Il y a dix ans, personne n’aurait prédit un avenir aux xénogreffes d’organes, mais les discussions sur des éventuelles applications cliniques pourraient reprendre».

Le choix du porc

Les meilleurs candidats pour une xénogreffe sont les porcs, à cause de leurs similitudes avec l’homme. «Nous partageons près de 99% de nos gênes et nos organes sont de taille et de fonctionnement quasi similaire, précise Alexandre Raymond, généticien et directeur du Centre intégratif de génomique de l’Université de Lausanne. Malgré cette ressemblance, ces animaux sont suffisamment éloignés de l’homme génétiquement parlant pour limiter la transmission de virus liés à l’animal.» De plus, les truies portent jusqu’à 10 porcelets tous les 3 mois, indique Léo Bühler. Cette rapidité de reproduction est une aubaine pour les manipulations génétiques comparativement à d’autre espèces (voir encadré), puisque les croisements et la sélection des individus porteurs ou non porteurs des gênes modifiés sont facilités par la fréquence et le nombre des naissances. En effet, la probabilité d’obtenir un individu génétiquement modifié est plus élevée en cas de portée multiple.

Les petites différences génétiques entre les porcs et l’homme expliquent d’ailleurs les rejets sévères des greffons porcins. Un des responsables est l’alpha-gal, un sucre qui n’existe pas chez l’homme. Des animaux transgéniques sans alpha-gal ont pu être générés, mais «ce fut une grosse déception, car les rejets d’organes persistaient», raconte Manuel Pascual. Aujourd’hui encore, les essais de greffes d’organes ne s’effectuent que chez le primate et ne donnent pas de résultats suffisamment encourageants pour une entrée en phase clinique. CRIPR-Cas9 pourrait permettre d’accélérer la recherche en facilitant la modification génétiquement des cochons par la suppression de gènes porcins et l’ajout de gènes humains.

Un autre problème majeur réside dans le fait que les porcs portent des vecteurs rétroviraux potentiellement dangereux pour l’homme. «On parle ici de virus qui modifient l’ADN de leur hôte», indique Alexandre Raymond. Là encore, les animaux devraient être modifiés génétiquement pour supprimer toutes traces de rétrovirus. C’est en partie ce que vient de réaliser le généticien d’Harvard, George Church, dans des lignées de cellules in vitro (Science, 2015) grâce à la technologie CRISPR-Cas9, démontrant tout le potentiel de ce nouvel outil dans le cadre des xénogreffes.

Pas d’impasse éthique ni légale

La formule choque, mais les barrières légales et éthiques ne semblent pas insurmontables. En Suisse, c’est la loi fédérale sur la transplantation d’organes qui régit les xénotransplantations. Elle stipule qu’une autorisation de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) est indispensable. Selon Léo Bühler, les barrières religieuses n’existent pas puisque les trois grandes religions ont validé le concept de xénogreffe à des fins thérapeutiques. C’est bien son ingestion qui est interdite pour le judaïsme et l’islam.

Peut-être donc qu’un jour, la phrase «Des rognons de porc pour la douze!», classiquement criée par les garçons de brasseries, pourrait bien être entendue dans les couloirs des hôpitaux!

Encadrés :

Greffer des tissus animaux

Les xénogreffes ne concernent pas que les organes vascularisés. Des cellules animales peuvent être encapsulées dans une membrane synthétique poreuse perméable aux nutriments, à l’oxygène et à certains métabolites, tout en protégeant le greffon contre le système immunitaire du receveur. La startup Cellcaps issue des HUG et de l’EPFL a bon espoir de pouvoir lancer des essais cliniques d’ici à trois ans.

Et les singes?

Les grands singes sont encore plus proches génétiquement des hommes et possèdent des organes de fonctionnement et de taille compatible, ce qui à priori en fait de bons donneurs. Pourtant, ils ont des désavantages incontournables, principalement au niveau de la reproduction. «Les porcs sont matures sexuellement à 7 mois alors que les babouins à dix ans, indique Léo Bühler. De plus, ils ne portent qu’un individu à la fois. Ce n’est pas assez.» C’est une limite qui invite à manipuler génétiquement les porcs et pour se débarrasser de toutes xenozoonoses rapidement (ensemble des maladies d’origine animale). La probabilité de leur transmission à l’homme est d’ailleurs plus élevée depuis un organe de singe. En Suisse, la législation stipule qu’il est «interdit d’utiliser des primates comme animaux ressource» et, d’un point de vue éthique, «le sacrifice d’un singe est moins accepté en raison de ses similitudes comportementales avec l’homme», indique Manuel Pascual.

Article paru en décembre 2016 dans le magazine IN VIVO n°10.

Communiqué de presse: neonomia promeut un modèle novateur d’entrepreneuriat alliant autonomie, solidarité et protection sociale

neonomia est une nouvelle société coopérative à but non lucratif. Son but: soutenir l’entrepreneuriat romand en conciliant la liberté entrepreneuriale avec une protection sociale et assurantielle complète, à travers le statut d’«entrepreneur.e salarié.e» implanté pour la première fois en Suisse. neonomia ambitionne de briser l’isolement des indépendants en multipliant les opportunités de synergies et de mutualisations, le tout dans un cadre de fonctionnement éthique et respectueux de l’environnement.

Face aux enjeux de la transition économique, sociale et écologique et de ses répercussions sur le marché de l’emploi, les acteurs économiques ont l’obligation de se rénover et d’innover. Autonomes et flexibles, les entrepreneurs indépendants offrent une réponse de choix aux besoins de compétences et de services des entreprises, organisations et collectivités publiques. Ils sont de fait des acteurs et actrices incontournables de l’économie suisse. Pourtant, la précarité de leur statut limite les vocations et bride la création d’activités. La société coopérative neonomia propose une solution concrète, moderne et particulièrement adaptée: un entrepreneuriat salarié, éthique et solidaire

L’entrepreneuriat pérennisé

Malgré leur poids économique (13 % de la population active en 2015 selon l’OFS), les indépendants suisses souffrent d’isolement et ne bénéficient pas de couvertures sociales adéquates. Ils ne cotisent pas au 2 e pilier, ne perçoivent aucun revenu relais en cas de perte de gain (maternité, maladie, etc.) et n’ont aucun droit au chômage, une réalité d’autant plus regrettable que les créateurs et porteurs de nouvelles activités sont plus exposés à l’échec.
Pour lutter contre cette forme de précarité, neonomia, une société coopérative romande à but non lucratif fondée le 20 juin 2016, propose un statut unique en Suisse appelé l’entrepreneuriat salarié. Ce statut inspiré du modèle français de la coopérative d’activités et d’emploi (CAE), prévoit que les entrepreneurs signent un contrat de salarié, ce qui leur permet de bénéficier de l’arsenal complet des couvertures sociales et assurantielles. La coopérative neonomia et ses quinze membres fondateurs les ont baptisés les coopérateurs entrepreneurs (CE).
À ce jour, neonomia en compte déjà 10. Ils bénéficient également d’une mutualité professionnelle grâce à la mise en commun d’espaces et d’outils administratifs, comptables et assurantiels. Mais pas seulement. Car, «à la différence du portage salarial, neonomia crée les conditions pour briser l’isolement de l’indépendance, développer les synergies entre CE et proposer des prestations basées sur leurs compétences et savoir-faire», explique Alexandre Burnand, co-président et coopérateur entrepreneur. Objectif : consolider les projets entrepreneuriaux et les aider à se développer au sein d’une entreprise collective fondée sur l’autonomie et la solidarité.

Le salariat réinventé

Les CE sont une réponse moderne à l’évolution de l’entreprenariat, mais également à celle du salariat. En effet, l’employé contemporain est souvent plombé par le poids des structures hiérarchiques pyramidales chères aux entreprises et aux institutions académiques. De plus, ces dernières sont de plus en plus frileuses à employer sur le long terme.
neonomia vise à revitaliser le statut de l’employé en lui laissant la liberté d’entreprendre, d’apporter sa propre créativité et d’être porteur et moteur de son emploi. «Une véritable révolution doublée d’une réponse solide aux besoins de flexibilité du marché, sans pour autant renoncer à la protection sociale», selon Yann Bernardinelli, coprésident de neonomia et coopérateur entrepreneur.
Pour rester fidèle au code des obligations et sa définition du statut d’employé, neonomia exerce une relation de subordination avec ses CE.. Il s’en suit une relation tripartite entre la coopérative, les CE et les mandataires.

Une offre de prestations mutualisée

Pour répondre efficacement aux besoins des acteurs économiques, neonomia s’appuie également sur l’expertise et l’agilité de ses coopérateurs pour développer des prestations en son nom propre. La richesse des CE lui permet en effet d’offrir une réponse efficace aux enjeux de développement des entreprises, organisations et collectivités publiques en termes de montage de projets, stratégie de durabilité, communication ou fonctions support. Secteurs visés: l’économie durable et solidaire, la coopération internationale, la santé publique, les sciences de la vie et la politique territoriale.

Une démarche éthique

Dans un monde en transition culturelle, technologique, socioéconomique et écologique, chacun doit proposer des solutions concrètes. neonomia se fonde sur les principes du développement durable et s’engage pour une économie saine et résiliente.
À travers une charte que ses CE s’engagent à suivre, neonomia véhicule des valeurs clés: la responsabilité individuelle et collective, l’économie sociale et solidaire, la transparence, la santé globale, la mutualisation, le respect de la biosphère et la participation à la transition économique, sociale et écologique.

neonomia se positionne résolument en rupture sur le plan économique et culturel. Elle symbolise une nouvelle façon de penser et d’aborder le monde du travail par ses prestations et celles de ses coopérateurs, mais également celles de ses mandataires. Elle est porteuse de solutions qui répondent aux défis de la transition globale.

www.neonomia.ch

Communiqué de presse écrit avec les efforts coopératifs de Laure Bonnevie, Alexandre Burnand et Yann Bernardinelli.

Interview with Paul Klauser, clinician- scientist.

Paul Klauser is passionate about science and psychiatry and with an MD-PhD under his belt he portrays perfectly what NCCR-SYNAPSY is all about. Here he talks of his journey from medicine to research, full of enthusiasm for SYNAPSY.

SYNAPSY : What made you choose to do an MD-PhD?
Paul Klauser : While studying medicine at the University of Geneva (UNIGE), I attended the Neuroclub. Thanks to the many activities organized by this club, I became more and more interested by the neuroscience research. After medical school, I’ve joined the late Dominique Muller’s laboratory in the department of basic Neurosciences to finalize a neurobiology thesis on synaptic plasticity during the development and learning processes.

S : Afterwards you started your clinical training. Why the move from neuroscience to psychiatry?
PK : Working on my MD-PhD, I realized that I missed the contact with patients and wanted to return to medicine. It is in contact with Stephan Eliez (Office Medico- pédagogique, Geneva), that I turned to child psychiatry. During my PhD, I had addressed the themes of brain development and learning, two extremely relevant factors in child and adolescent psychiatry. After three years of clinical training, I went to Melbourne for a three-year post-doctoral in the field of early psychosis. Today I’m back in Switzerland to complete my clinical training. I am both physician-assistant at the CHUV General Psychiatry Department, in the section of the Spectrum Disorder of Schizophrenia, and a researcher at the Center for Psychiatric Neurosciences, supported by SYNAPSY.

S: What are your current research interests?
PK : At the moment I’m working with Kim Do and Philippe Conus on Synapsy Axis 1 research: “Genetics and the Brain”. The project’s goal is to identify biomarkers in young patients suffering early psychosis. We want to better understand the pathophysiology behind psychosis and importantly, facilitate the clinical identification of early psychosis patients to enable early and targeted intervention.

S: Could you expand on that?
PK: Using magnetic resonance imaging (MRI) of the brain, we try to predict the symptomatic evolution of patients. Specifically, we measure morphological variables (e.g. grey matter volumes) in the brains of young patients with early psychosis and put them in relation to longitudinal clinical data.

S: Are you also doing fundamental neuroscience research?
PK : Yes ! With the MRI we can identify the brain structures involved in the early stages of the disease in our patients, but it is only with the animal model that we can actually investigate the underlying pathophysiological mechanisms. Kim Do’s laboratory has a genetically modified mouse model lacking glutathione (hypothesis of oxidative stress in schizophrenia).By applying methods of microscopy and electrophysiology, this model allows us to search what are the cellular changes underlying visible coarser abnormalities of brain structure in our patients.

 

S: SYNAPSY’S main research goal is to unite brain research and psychiatry. What did you lack going from medicine into research?
PK : At the beginning, technically I was lacking a solid base in mathematics and statistics. I also had a few gaps in molecular biology and optical microscopy but luckily most was covered by the courses I took during my PhD at the Lemanic Neuroscience Doctoral School. In the end the hardest thing was dealing with frustration! Rewards are big in research, but few and far between !

S: How do you think SYNAPSY is helping to connect science and psychiatry?
PK : Frankly, without the grant from SYNAPSY, I simply wouldn’t have been able to have the opportunity to continue my research while finishing my clinical training. This dual activity allows me not only to enrich my research hypotheses with questions raised while working with patients, but also to more easily question aspects of clinical practice. Having one foot in research and the other in clinic also promotes meetings between clinicians and scientists and this is ultimately the most important fact to me !