La connaissance déstigmatise les maladies mentales 

Portrait de la neuroscientifique Kim Do Quenod

par Yann Bernardinelli, pour le pôle national de recherche suisse Synapsy

Kim Do Quenod a consacré la majorité de sa carrière à comprendre les origines, les conséquences et les possibilités de contrer une observation faite sur des patients schizophrènes. Pionnière de l’approche translationnelle en psychiatrie, son expertise, sa détermination et son abnégation pourraient aboutir à des traitements concrets. À l’heure où l’entièreté de sa démarche vient d’être récompensée par un prix prestigieux, Kim Do présente son travail à Synapsy.

Comme un signe précurseur, c’est en médecine que la jeune Kim Do pensait faire carrière. Ses notes d’examen, si brillantes en sciences fondamentales, ont eu raison de ses rêves d’Hippocrate et l’ont orienté vers la chimie puis vers la biologie moléculaire. C’est l’obtention de son doctorat en biologie moléculaire sur les enkephalines et un passage à Paris pour étudier les endorphines qui l’amènent vers les neurosciences et la recherche en neurobiologie fondamentale. Kim Do effectue ensuite ses débuts de chercheuse au Brain Research Institute de l’École polytechnique fédérale de Zürich où elle étudie la neurotransmission des acides aminés excitateurs. C’est en 1994 qu’elle découvre que les cellules gliales sont capables de relâcher des transmetteurs. Elle identifie, entre autres, que les astrocytes libèrent des agonistes des récepteurs NMDA, le glutamate et l’homocysteate.

Entre neurochimie et psychiatrie

Suite à l’identification de ce lien entre glie et récepteurs neuronaux, Kim Do pense qu’une altération de la gliotransmission pourrait être une des causes de certaines maladies mentales associées à une hyperexcitation neuronale. C’est en cherchant des traces d’homocysteate et de glutamate dans du liquide céphalo-rachidien en provenance de patients schizophrènes qu’elle découvre un abaissement d’un métabolite du glutathion, le gamma-glutamylcystéine. « Une diminution de près de 30 % de glutathion était clairement visible dans le liquide céphalorachidien des patients schizophrènes ! Le glutathion ne pouvait qu’être impliqué dans cette pathologie », indique-t-elle. Kim Do a ensuite œuvré pour qu’une méthode de détection du glutathion soit développée par spectroscopie à résonance magnétique (MRS) afin de savoir si cet abaissement en glutathion était également présent dans le cerveau. Elle a ainsi pu démontrer que les patients schizophrènes montraient un abaissement de glutathion similaire au niveau de leur cortex préfrontal. Un pont entre neurochimie et psychiatrie pouvait désormais être envisagé pour la chercheuse : « ce fut le point de départ pour débuter un laboratoire de recherche translationnelle ».

Une alliance délicate

Dans les années 90, allier neuroscience et psychiatrie n’était pas chose aisée. Kim Do réussit à trouver une oreille attentive et une ouverture d’esprit à l’hôpital psychiatrique du CHUV à Cery, où elle installe en 1999 un laboratoire universitaire de neurosciences psychiatriques. Son idée était alors de partir d’observation faite chez les patients pour aller vers des modèles animaux. La tâche n’a pas été simple raconte la chercheuse, « J’ai hérité des anciennes chambres de patients, l’espace libre ne manquait pas, mais il n’y avait rien. » Le premier cheval de bataille a été la mise en place d’une petite animalerie. « Les souris étaient livrées à la cafétéria de Cery, le cuisinier nous demandait comment nous voulions qu’il prépare ces délicatesses. », se souvient-elle avec humour.

Une fois son laboratoire fonctionnel, le but de ses recherches a été d’investir les origines de ce déficit en glutathion, puis les conséquences de celle-ci sur des modèles animaux afin d’en découvrir les mécanismes sous-jacents et enfin de faire le lien avec la clinique pour un retour aux patients. Pour ce dernier point, la collaboration avec Philippe Conus a été déterminante pour rattacher sa recherche à une cohorte clinique. Puis, plus tard, leur intégration à Synapsy en tant que Work Package (Le WP 2- Biomarkers of early psychosis) a permis le financement de la cohorte, des possibilités étendues de suivi par imagerie cérébrale et le phénotypage systématique. « L’apport de Synapsy a été majeur et nous en sommes très reconnaissants », témoigne Kim Do. Aujourd’hui, la connexion entre la déficience en glutathion, la défense antioxydante, les réseaux de neurones et les psychoses a été établie. Des essais cliniques remarquables sont désormais en cours et s’orientent sur des traitements personnalisés pour des sous-groupes de patients chez lesquels le système redox est perturbé. Le tout prend forme et promet des aboutissements lors de la phase 3 de Synapsy.

La formule du succès

Comment expliquer un tel succès ? La chercheuse Synapsy indique que les approches translationnelles démarrant d’observations faites sur le patient puis passant par une recherche en laboratoire pour un retour au patient sont très rationnelles et portent souvent leurs fruits. Elle continue en expliquant que les consortiums de chercheurs et de cliniciens sont importants pour les démarches translationnelles, mais que ce sont bien « les aspects humains et l’ouverture d’esprit » qui priment sur les intentions affichées et permettent des collaborations productives. Elle ajoute que Synapsy a amené la capacité de former de tels groupes de jeunes chercheurs qui peuvent désormais discuter ensemble pour faire le lien entre la neuroscience fondamentale et la psychiatrie alors que ce sont des spécialités en soit. « C’est ce lien qui est déterminant », poursuit-elle.

Une carrière récompensée

Lorsqu’on l’interroge sur sa carrière et sa récente nomination en tant que Professeure ordinaire ou son prix prestigieux décerné par la Society for intenational research in schizophrenia pour sa contribution pour l’avancée de la recherche sur la schizophrénie, elle répond que sa meilleure récompense a été une mère de patient schizophrène qui l’a prise dans ses bras lors d’une journée porte ouverte au laboratoire en lui disant qu’elle l’avait déculpabilisée. « La recherche et les connaissances participent à déstigmatiser les maladies mentales », déclare-t-elle. Elle précise également que « Ce prix devrait être offert à toute l’équipe de recherche translationelle. Je ne suis qu’un chef d’orchestre qui fait en sorte que ça se passe. Je me considère très chanceuse de pouvoir travailler avec des étudiants et des chercheurs si talentueux. »

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