Aude Molinard-Chenu: de la souris aux patients et vice-versa

Fascinée par les aspects psychiatriques et fondamentaux de la schizophrénie, Aude Molinard-Chenu obtient une bourse lui permettant d’aborder les deux facettes. Cette jeune lauréate d’un doctorat en neuroscience raconte ses choix de carrière, les opportunités d’effectuer clinique et recherche simultanément, ainsi que les difficultés inhérentes à cette double casquette.

Par Yann Bernardinelli

Rédigé pour le pôle de recherche SYNAPSY du Fond national suisse de la recherche scientifique, paru dans sa version anglaise dans le bulletin de décembre 2016.

Aunde Molinard-Chenu ©Yann Bernardinelli
Aude Molinard-Chenu ©YB

Avant son entrée à l’Université, Aude Molinard-Chenu voulait faire de la biologie, elle rêvait de sciences fondamentales et de recherche. Après quelques investigations sur les possibilités offertes et de nombreux conseils reçus, elle réalise vite qu’il serait plus stratégique de suivre des études de médecine pour devenir chercheuse. En d’autres termes, les perspectives d’emploi et les conditions de travail des disciplines scientifiques ne donnent pas autant de garanties que la médecine. Ce n’est donc pas par charité, malgré son implication dans des projets humanitaires au Mali, mais bien par soif de connaissances fondamentales qu’elle a rejoint les bancs de la faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE).

Une vocation pour la schizophrénie

Très vite, elle saute sur les opportunités qui lui sont offertes. Le programme de recherche pour étudiant en médecine de l’UNIGE (PREM) permet d’encadrer les médecins en herbe intéressés par la recherche en leur proposant formations et stage. Elle fera le sien chez Jozseph Kiss au Département de Neurosciences Fondamentales de l’UNIGE, puis elle partira 3 mois à Singapour afin d’y étudier le rôle du transport axonal dans la schizophrénie. Une véritable révélation qui orientera son futur doctorat en neuroscience ainsi que son attrait pour la psychiatrie : « je me suis posé beaucoup de questions sur les bases fondamentales de la neuroscience et leurs dérèglements pouvant mener à des maladies mentales. Notamment la schizophrénie, où dans les cas extrêmes, les comportements sont particulièrement insolites et troublants ». Après six ans de médecine, Aude Chenu s’est donc logiquement tournée vers un PhD en Neurosciences, effectué au laboratoire du Professeur Alexandre Dayer où elle a étudié les gènes de vulnérabilité de la schizophrénie et leurs liens avec le développement cérébral chez la souris. Le fameux modèle 22q11 si cher au premier projet du NCCR-Synapsy.

L’opportunité FMH-recherche

Son doctorat, elle l’a terminé avec succès en octobre 2016. Un PhD en Neurosciences de l’école doctorale lémanique et non pas un MD-PhD, car « son programme n’est pas assez riche en neurosciences ». Pour Aude Chenu, il faut dès lors opter pour un postdoctorat en recherche ou un FMH en psychiatrie, même si maintenir une activité de recherche est techniquement possible par la voie de la clinique et du FMH. Le problème, confie-t-elle, est qu’en clinique, la recherche se fait souvent sur le temps libre, car les cliniciens sont rarement conciliants et que l’argent manque. Est-ce donc un choix de Sophie pour cette passionnée de science fondamentale et de psychiatrie ? Non, puisqu’Aude Chenu est l’heureuse lauréate d’une bourse d’interne scientifique décernée par la faculté de médecine de Genève. Cette bourse offre deux ans de salaire à mi-temps aux cliniciens désireux d’effectuer de la recherche fondamentale. Grâce à ce coup de pouce pour la promotion de la double formation clinicien-scientifique, elle a pu se lancer dans un FMH en psychiatrie et psychothérapie adulte effectué au programme JADE de l’unité psychiatrique du jeune adulte des HUG, sous la houlette du Dr Logos Curtis. Elle traite les troubles psychiatriques émergents chez les 18-25 ans comme la bipolarité, les troubles de la personnalité et pour son plus grand bonheur, la schizophrénie.

Mais pourquoi le choix de la psychiatrie plutôt que la neurologie ? Aude Chenu explique qu’à ses yeux, « la neurologie clinique est trop basée sur la symptomatique, ce qui la rend moins intéressante sur le point de vue thérapeutique ». Elle relève que les jeunes médecins préfèrent s’orienter vers la neurologie et ignorent souvent la psychiatrie, ce qui a l’avantage de laisser des opportunités aux détenteurs d’un PhD voulant effectuer un retour en clinique, car les places sont rares selon les spécialisations.

Le dur retour en clinique

Être confrontés aux patients après quatre années de recherche fondamentale n’est certainement pas chose aisée. Aude Chenu reconnaît la complexité de ce retour en clinique en avouant toutefois avoir la chance de rejoindre un service où les jeunes cliniciens sont bien épaulés. Pour l’aider dans cette adaptation, elle dit se servir des aptitudes développées lors de sa thèse : la débrouillardise, l’autonomie et surtout l’agilité. L’intégration est néanmoins la difficulté principale. « Les croyances et les différentes mouvances de la psychiatrie génèrent des guerres de clocher et des aprioris », indique-t-elle. Bon nombre de psychiatres considèrent encore que les neurosciences n’ont rien à voir avec la psychiatrie. L’acceptation d’une Neuroscientifique n’est donc pas une sinécure : « Il est compliqué de se positionner correctement, car je ne m’identifie pas forcément au côté littéraire et philosophique », confie-t-elle. Mais elle reste toutefois ouverte d’esprit en essayant de prendre le meilleur des différents points de vue, de s’en inspirer pour progresser.

L’harmonie offerte par la clinique

L’accès aux postes clés de la recherche par les femmes est chose rare, mais cela ne la préoccupe nullement. Elle avoue avoir déjà subi des propos sexistes au cours de sa formation, mais elle se sent suffisamment soutenue par sa hiérarchie, aussi bien dans le département de psychiatrie qu’en faculté de médecine, quant à ses choix de carrière. De plus, la clinique semble compatible au développent harmonieux du travail de recherche et de la vie privée grâce à la possibilité d’effectuer un temps partiel, qui plus est en ambulatoire. « C’est cette ouverture entre recherche et clinique, offerte au sein du département de psychiatrie, qui a influencé mes choix de carrière. En ce qui concerne la qualité de vie, la clinique a pesé dans la balance comparée au postdoctorat ». Pour son futur, Aude Chenu ambitionne d’accéder à un poste de cadre médical en gardant un temps partiel en recherche. Synapsy ne peut que l’encourager dans cette voie et lui souhaiter un plein succès.

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