Le sportif du futur sera bionique

L’athlète amateur hyper-connecté débarque, bardé de biocapteurs capables d’informer sur son comportement, son environnement et sa physiologie. Grâce à eux, les applications de demain veilleront sur la santé des sportifs.

Les données envahissent tout, y compris la pratique sportive. Accéléromètres, GPS et autres gyromètres intégrés donnent de précieuses informations sur la vitesse, l’orientation ou le nombre de pas. Des sondes périphériques peuvent collecter des données physiologiques comme le pouls ou la tension. Couplées à des applications, ces informations permettent de définir des objectifs à atteindre, comme le ferait un entraîneur.

Pourtant, les nouvelles technologies n’ont pas encore mis le coach sportif sur la touche, à entendre Steven Vos, professeur à l’Université technique d’Eindhoven (TU/e): «Le problème des logiciels actuels, c’est qu’ils expliquent comment s’exercer, mais avec un concept de sport d’élite: toujours plus vite et toujours plus loin. Or ce n’est pas recommandé pour les personnes qui n’ont pas la condition physique appropriée. » Et l’expert de rappeler que «les bénéfices de l’activité sur la santé sont indéniables, mais prennent du temps à être ressentis. C’est pourquoi trop de gens arrêtent précocement leurs entraînements».

Pour rendre le sport accessible au plus grand nombre, il faut donc développer des approches propres à chaque individu. Pour ce faire, Steven Vos veut concevoir des systèmes intelligents capables d’attirer, de surveiller et de stimuler les futurs sportifs. «Le smartphone est aujourd’hui un prolongement naturel du corps», dit-il, ce qui rend les données de tous types d’individus accessibles en continu. En les exploitant, le chercheur a déjà identifié cinq profils de sportifs en herbe différents. Premier pas vers la personnalisation des programmes d’encouragement au sport.

Muscles mécaniques

Pour l’heure, les applications concernent surtout les sports d’endurance — comme la course — parce qu’ils sont très pratiqués et que les capteurs actuels y sont adaptés. Mais certaines disciplines comme le tennis exigent aussi un travail de la gestuelle. La startup danoise Leap Technology a créé des senseurs à base de matériaux ayant les caractéristiques mécaniques des muscles. Sortes de fibres qui se collent à même la peau ou s’intègrent aux habits, ces détecteurs sont formés de polymères électroactifs, malléables, extensibles et ultra-fins, capables de déceler les plus petites fluctuations. «Il faut une force minime pour les déformer, ce qui les rend transparents mécaniquement et ne perturbe pas le mouvement», précise Alan Poole, responsable marketing de la société. L’intérêt du système? Il permet d’analyser le travail des muscles et des articulations, par exemple pour peaufiner son lift du revers sur les courts. Il peut également étudier l’interaction entre le sportif et son matériel, notamment pour déterminer l’appui optimal du pied pendant la course en tenant compte de la déformation de la chaussure. Les senseurs seront commercialisés dans deux ans environ.

D’autres technologies sont déjà à la portée des amateurs. Plus précisément de leur cerveau, auquel la médecine sportive s’intéresse depuis longtemps pour décrypter le comportement des athlètes et améliorer leurs performances. Jakob Eg Larsen, professeur à la Danmarks Tekniske Universitet (DTU), développe des approches de neurosciences comme l’électroencéphalogramme (EEG) pour les smartphones. Avec la société Emotiv, il a créé le «smartphone brain scanner» qui permet d’acquérir des données d’activité cérébrale par des électrodes disposées sur un casque muni d’une technologie sans fil. Relié à une application, le système retransmet le fonctionnement du cerveau en image 3D. La résolution est moins élevée qu’un EEG de laboratoire, mais le confort d’utilisation rend possible son emploi en condition naturelle. Pour améliorer l’entraînement, une technique thérapeutique mise en œuvre pour les maladies psychiques pourrait être adaptée: le neurofeedback. Celui-ci utilise les données d’activité cérébrale pour entraîner le cerveau à réguler certaines de ses fonctions, en projetant des vidéos en retour.

Technologie ou vrai coach

Les athlètes amateurs disposent donc de plus en plus de moyens professionnels. Reste à travailler la musculature pour prévenir les blessures. Massimo Mischi, professeur associé à TU/e, a trouvé un moyen de rendre les séances de musculation plus performantes sans augmenter le poids des haltères. Sa découverte, basée sur un réflexe musculaire naturel, permet d’améliorer l’efficacité d’une séance d’entraînement de 25 à 100% selon le muscle concerné. Elle a été transférée dans un appareil de remise en forme, le MaxDFM, par la société Hipermotion.

Un entraîneur virtuel distillant des conseils personnalisés et une musculature optimale: L’Olympe promis aux amateurs? Peut-être pas! Selon les cas, les futures applications pourraient indiquer «si vous voulez courir un semi-marathon dans votre état, allez voir un vrai coach!» s’amuse Steven Vos. La santé, davantage que nos performances, sera la principale bénéficiaire des technologies de demain au service du sport amateur.

 

Paru dans le magazine Technologist.eu no 9.

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