Des sciences infirmières aux neurosciences – interview

«J’amène ma pièce au puzzle du savoir»

Vêtue d’une blouse blanche, Christina Georgiou marche d’un pas énergique et décidé dans les couloirs de la Faculté de médecine de l’Université de Genève. Elle est assistante de recherche au Département des neuros- ciences fondamentales où elle effectue son doctorat en neurosciences depuis mai 2012. Avant la thèse, elle a été la brillante lauréate d’un bachelor en soins infirmiers (nursing), obtenu dans son pays natal, la Grèce.

En tant qu’infirmière, que pensez- vous apporter au monde de la recherche fondamentale?
Christina Georgiou: Je pense que mon approche est différente. Je suis plus réaliste. Quand j’assiste à des conférences par exemple, je pense toujours: «Mais qu’est-ce que ça nous apporte pour la vie de tous les jours? Le conférencier se base-t-il sur des faits concrets ou ses propos sont-ils juste issus de son intellect de cher- cheur?» Je pense que les médecins, biologistes ou autres scientifiques ne se posent pas assez ce genre de ques- tions. Moi, je me les pose constam- ment.

Vous avez renoncé à travailler dans les soins infirmiers après avoir obtenu votre bachelor? Oui, tout simplement à cause de ma découverte des neurosciences. C’était tellement nouveau. Les neurosciences rassemblent une multitude de disci- plines scientifiques, c’est vraiment intéressant et totalement intriguant. Mais je dois bien avouer qu’une de mes premières raisons était peut être la dureté du métier d’infirmière. On prend les malheurs des gens en pleine figure. Si on n’est pas doué pour dis- socier la vie professionnelle de la vie privée, on peut faire face à quelques difficultés.

Sur quoi portent vos recherches actuelles? Sur des patients atteint de maladies neurologiques? (rires) Non, pas du tout! Ici, nous fai- sons de la recherche fondamentale pour découvrir comment notre cerveau fonc- tionne. Je m’intéresse en particulier à l’impact d’une expérience sensorielle sur la mémoire. Puisque nous étudions la biologie des cellules neurales, nos re- cherches ne peuvent pas être effectuées sur l’être humain mais uniquement sur des animaux. Je travaille donc avec des souris.

Pourquoi aviez-vous choisi au départ de faire des études en soins infirmiers?
Après avoir fini le collège (high school), je voulais sauver le monde. Je pensais que la meilleure manière de le faire serait de devenir infirmière, afin d’être vraiment proche des gens qui souffrent. Lorsque j’ai fini mon bachelor, j’ai dé- cidé de continuer en faisant un master, maisenbiologiecettefois.

Comment expliquez-vous ce choix? Je me disais que pour soigner, il fallait comprendrelaphysiologieetlespatho- logies humaines afin de mieux expli- quer les maladies aux patients. A cette époque, j’étais passionnée par les mala- dies psychiatriques. Je me suis donc ins- crite à plusieurs universités proposant des programmes de neurosciences, ma formation était suffisante pour chacune d’entre elles. J’ai donc débuté un master à l’Université libre d’Amsterdam, c’était très différent, j’ai vraiment adoré.

Il ne vous n’a certainement pas été facile de vous ajuster à la biologie? Toutes les étapes étaient difficiles, surtout au début du master, car je manquais de connaissances de base en biologie. Maintenant il me manque certaines compétences techniques, no- tamment en photonique, statistique et programmation. C’est dur, oui, mais pas irréalisable. D’ailleurs je ne pense pas que ça soit plus dur pour moi que pour les étudiants venant d’autres formations. Je profite de préciser que j’étais dans les dix pourcents des meilleurs pendant mon master.

Avec vos recherches en neurosciences, pensez-vous aussi contribuer à sauver le monde? Oui, tout-à-fait! J’amène ma pièce au puzzle de la connaissance. En re- cherche fondamentale, nous amassons une quantité d’informations sur les maladies.

Comment êtes-vous perçue dans le monde de la recherche très hiérarchisé et compétitif? Je pense que comme partout, il faut faire ses preuves avant d’être accepté. Mon passé d’infirmière n’a pas d’im- pact particulier sur le jugement des chercheurs à mon égard.

Les femmes sont malheureusement peu présentes au sommet de la hiérarchie universitaire. Quels sont vos plans de carrière? Pourquoi ne pas continuer la recherche. Ça dépendra de mon ressenti une fois mon doctorat en poche. Il faut savoir que la recherche, c’est frustrant et labo- rieux, ça ne marche pas tout le temps et notre carrière dépend de nos décou- vertes et publications. Je pense que mes plans pour le futur sont (hésitante)… Je ne sais pas au fait! En tout cas ça ne me fait pas peur. Si la recherche ne fonc- tionne pas, j’aimerais pouvoir combiner la science et les soins.

Interview réalisé par Yann Bernardinelli en tant que membre de l’Association Bloom and Boom, une association pour les femmes.

Paru dans la revue Soins Infirmiers

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